Isomaltulose et Palatinose : le glucide lent qui redessine le fueling ultra-endurance
Sur un ultra de 20 heures ou plus, la question n’est plus « combien de glucides j’avale » mais « est-ce que ma glycémie tient ». Tu as déjà vécu ce coup de mou vers la 15e heure, cette sensation de jambes cotonneuses alors que tu viens d’avaler un gel censé te relancer. Le problème, ce n’est souvent pas la quantité de glucides — c’est leur vitesse d’absorption. Un pic de glycémie suivi d’une chute brutale, répété pendant des heures, c’est ce qui explique une bonne partie des « murs » en fin d’ultra.
C’est exactement le terrain que couvre le module carb-loading et ravitaillement longue distance d’ Ograal : il t’aide à planifier ta stratégie glucidique heure par heure sur les courses de plus de 5h, en tenant compte de l’index glycémique de chaque source de glucides que tu embarques — pas seulement du total en grammes par heure.
Définition : l’isomaltulose (commercialisé sous le nom Palatinose™ par BENEO) est un disaccharide naturel extrait de la betterave sucrière, à index glycémique très bas (32, contre 100-105 pour le glucose ou la maltodextrine). Sa liaison chimique particulière (alpha-1,6-glycosidique) ralentit sa digestion et son absorption intestinale, ce qui produit une libération d’énergie progressive au lieu d’un pic de glycémie suivi d’une chute.
70-140 mg/dL : la fenêtre glycémique cible des ultra-endurancers
Sur les efforts de plus de 5 heures, l’objectif n’est pas de maximiser la glycémie mais de la maintenir stable dans une fenêtre cible, généralement située entre 70 et 140 mg/dL. En dessous, tu entres en hypoglycémie fonctionnelle : baisse de lucidité, jambes lourdes, envie de vomir. Au-dessus, tu gaspilles de l’insuline et tu perturbes l’oxydation des graisses, ta principale réserve d’énergie sur un ultra.
L’étude de référence sur ce sujet vient de l’équipe de Swansea University : Hamilton RA, Xia R, Nicholas C, Churm R, McCarthy OM, Bracken RM (2025, European Journal of Sport Science) a suivi 9 ultra-endurancers pendant deux périodes de 28 jours, en glycémie continue (Continuous Glucose Monitoring), avec une boisson glucidique à base d’isomaltulose (IG 32) comparée à une boisson maltodextrine (IG 100).
Ce que montrent les données CGM
Les athlètes sous isomaltulose ont passé davantage de temps dans la fenêtre cible 70-140 mg/dL, avec une variabilité glycémique réduite (coefficient de variation de 16% contre 18% pour la maltodextrine, p=0,0003) et un temps passé sous le seuil bas quasiment divisé par deux (2% contre 4%, p=0,006). Concrètement : moins de pics, moins de chutes, moins d’épisodes hypoglycémiques sur la durée.
4 semaines d’isomaltulose : que disent les données de la recherche 2025 ?
Le protocole ne portait pas seulement sur une prise ponctuelle. Les participants ont suivi un régime riche en glucides pendant 28 jours consécutifs, avec isomaltulose ou maltodextrine intégrés autour des séances d’entraînement. Résultat : les bénéfices métaboliques ne sont pas qu’un effet de course, ils s’installent avec la répétition, un vrai effet d’entraînement métabolique.
Selon BENEO, qui a co-financé cette étude, la fat oxidation était significativement supérieure sous isomaltulose, à la fois lors des tests aigus et sur l’ensemble des 4 semaines — sans aucune perte de capacité de performance par rapport à la maltodextrine. C’est le point clé : tu ne sacrifies rien en vitesse, tu gagnes en stabilité et en accès aux graisses comme carburant.
Cette observation confirme des travaux plus anciens : Oosthuyse et al. (2015, Int J Sport Nutr Exerc Metab) avaient déjà montré que l’isomaltulose augmente l’oxydation des graisses à l’effort par rapport à un mélange fructose-maltodextrine, même si cette étude soulignait aussi un risque d’inconfort digestif à très haute dose — un point à garder en tête pour le dosage pratique.
À retenir
- Index glycémique de l’isomaltulose : 32, contre 100-105 pour la maltodextrine ou le glucose pur.
- Étude Hamilton et al. 2025 : temps dans la fenêtre cible 70-140 mg/dL augmenté, épisodes sous 55-69 mg/dL réduits de 3% à 1% (p=0,005).
- Fat oxidation significativement supérieure sous isomaltulose sur 4 semaines, sans perte de performance.
- 9 ultra-endurancers suivis en continu (CGM Supersapiens) sur deux cycles de 28 jours.
- Application terrain : remplacer 20 à 30% de ta maltodextrine par de l’isomaltulose sur la deuxième moitié d’un ultra de 8h et plus.
Isomaltulose vs maltodextrine vs glucose : le comparatif
Sur le papier, ces trois glucides apportent la même énergie (4 kcal/g). Ce qui les distingue, c’est la vitesse à laquelle cette énergie devient disponible — et donc l’impact sur ta glycémie et ta capacité à puiser dans les graisses.
L’exemple Courtney Dauwalter : la glycémie stable sur 20 heures et plus
Difficile de parler de gestion glycémique longue durée sans penser à Courtney Dauwalter. Sa victoire à l’UTMB 2025 et sa présence en tête d’affiche du Western States 100 en 2026 illustrent ce que demande un ultra au sommet : tenir un niveau d’énergie stable sur 20 heures ou plus, sans à-coups digestifs ni décrochage glycémique en fin de course. Sur ce type de format, les gels classiques à base de maltodextrine ou de glucose deviennent souvent difficiles à tolérer après 10-12 heures d’ingestion répétée — c’est précisément là que la stratégie glucidique doit évoluer.
C’est aussi le profil de course visé par les favorites de l’UTMB Chamonix en août 2026 : des efforts où la gestion de l’énergie sur la durée pèse autant que la vitesse pure. Intégrer une part d’isomaltulose dans la deuxième moitié de la course permet de varier les sources glucidiques, de réduire la lassitude gustative des gels sucrés classiques, et de maintenir une glycémie plus stable quand le système digestif commence à fatiguer.
Comment intégrer l’isomaltulose dans ton plan de course
En pratique, l’isomaltulose ne remplace pas totalement tes glucides rapides — il les complète. Sur un ultra de 8h et plus, l’approche qui ressort des données est progressive :
- Premières heures (0-4h) : privilégie des glucides rapides (maltodextrine, glucose, fructose) pour couvrir la demande énergétique immédiate.
- Milieu de course (4-10h) : introduis progressivement de l’isomaltulose pour lisser la glycémie et ménager tes réserves.
- Finale (10h et plus) : augmente la part d’isomaltulose, notamment si les gels classiques deviennent difficiles à digérer — c’est le moment où la stabilité glycémique prime sur la vitesse d’absorption.
Sur le plan complémentaire, certains ultra-traileurs associent une cure de spiruline en périodes d’entraînement intensif, en soutien de l’oxydation des graisses et de la récupération générale — un produit comme la spiruline Decathlon 84 comprimés peut s’intégrer dans cette routine, en complément (et non en remplacement) d’une stratégie glucidique bien pensée.
Pour construire ce plan heure par heure, tu peux t’appuyer sur notre article dédié : ravitaillement trail 3h et estomac fragile, qui détaille les bases de la tolérance digestive à l’effort — un prérequis avant d’ajouter une nouvelle source glucidique comme l’isomaltulose.
FAQ
L’isomaltulose remplace-t-il complètement la maltodextrine sur un ultra ?
Non. Les données montrent un bénéfice quand l’isomaltulose est intégré en complément, notamment en fin de course. Un remplacement total peut réduire la disponibilité rapide de glucides nécessaire en début d’effort ou lors des relances.
Où trouver de l’isomaltulose pour la nutrition sportive ?
Il est commercialisé sous le nom Palatinose™ par BENEO et intégré par plusieurs marques de nutrition sportive dans leurs boissons ou barres énergétiques longue durée. Vérifie la liste des ingrédients pour repérer sa présence.
L’isomaltulose provoque-t-il des troubles digestifs ?
À dose modérée et bien répartie, non. Mais une étude de 2015 (Oosthuyse et al.) a montré qu’à très haute dose et fréquence élevée, l’isomaltulose peut causer un inconfort digestif. Introduis-le progressivement à l’entraînement avant de le tester en course.
L’isomaltulose convient-il aussi au trail de moins de 3h ?
Son intérêt est surtout démontré sur les efforts longs (5h et plus), où la stabilité glycémique devient déterminante. Sur un format court, les glucides rapides restent la priorité.
Sources
Hamilton RA, Xia R, Nicholas C, Churm R, McCarthy OM, Bracken RM (2025). Glycaemic Impact of Low- and High-Glycaemic Index Carbohydrate Diets in Ultra-Endurance Athletes: Insights From Continuous Glucose Monitoring. European Journal of Sport Science, 25(12):e70092. DOI : 10.1002/ejsc.70092
BENEO (juin 2026). Lasting energy management for ultra-endurance athletes. https://www.beneo.com/news/palatinose-energy-management
Oosthuyse T et al. (2015). Ingesting Isomaltulose Versus Fructose-Maltodextrin During Prolonged Moderate-Heavy Exercise Increases Fat Oxidation but Impairs Gastrointestinal Comfort and Cycling Performance. International Journal of Sport Nutrition and Exercise Metabolism. PubMed
UTMB 2025 : victoire de Courtney Dauwalter ; Western States 100 2026, favorites en tête d’affiche — source BPMoov, juin 2026.








